La terre et le territoire au cœur de cette tradition

L’art aborigèneGravures rupestres est lié à une tradition millénaire qui est la plus ancienne au monde puisqu’elle remonte à environ 50 000 ans. La terre et le territoire sont au cœur de cette tradition picturale qui perdure encore aujourd’hui. Autrefois, il s’agissait plutôt de peintures rupestres, mais également d’œuvres éphémères : peintures corporelles, dessins sur le sable, peintures végétales au sol….

Cette tradition ne s’est jamais arrêtée et l’on retrouve encore aujourd’hui dans les peintures aborigènes des  lignes courbes, des formes géométriques, des cercles que l’on pouvait déjà observer dans les peintures gravées dans la pierre.

Entre tradition et innovation, l’histoire de la peinture aborigène illustre le processus complexe de transposition d’un patrimoine rituel sacré au domaine public du marché de l’art.

drapeau anglaisEarth and territory at the heart of the tradition…

Aboriginal art is linked to a thousand-year-old tradition which is the oldest in the world going back approximately 50,000 years. Earth and territory are at the heart of this pictorial tradition which continues today. Initial forms of Aboriginal artistic expression were rock carvings, but also short-lived works such as body painting, sand paintings and ground designs. This tradition has never ceased, and even today we find in contemporary aboriginal art curved lines and geometrical forms, circles which we have already observed in designs engraved in stone. Between tradition and innovation, the history of Aboriginal art illustrates the complex process of the transposition of a ritual, sacred heritage into the public domain of the art market.

Le monde occidental découvre cet art dans les années 70

image 4De 1956 à 1964, le peintre et anthropologue, Karel Kupka, effectua 3 missions dans le nord de l’Australie en Terre d’Arnhem à la recherche des origines universelles de la créativité artistique dans toute l’humanité. Particulièrement sensible à la force esthétique des peintures, il présenta les peintres aborigènes comme de véritables artistes dont les œuvres méritent d’être exposées dans les galeries d’art et non plus seulement dans les musées ethnographiques.

Il rapporta des centaines de chef d’œuvres, dont une partie est aujourd’hui exposée au musée du Quai Branly à Paris. À bien des titres, Kupka apparaît comme un précurseur, s’étant fait le témoin et le promoteur passionné d’un mouvement artistique «  authentique «  en pleine gestation. À travers ses collectes, ses expositions et ses écrits, en Europe comme en Australie, il contribua à problématiser la vision primitiviste de l’art aborigène, en montrant notamment l’importance de la créativité individuelle et la contemporanéité des œuvres. Au début des années 70, Geoffrey Bardon, professeur de dessin australien se rendit à Papunya dans le désert central. Il eut l’idée d’encourager les artistes aborigènes à reproduire sur d’autres supports les motifs des dessins rituels qu’ils peignaient jusque-là sur le sol, la paroi des rochers sacrés, voire leur propre corps. Ils commencèrent ainsi  à peindre sur les murs de l’école, puis sur des toiles de lin ou coton avec de la peinture acrylique. Le monde occidental pris ainsi connaissance de cette tradition picturale qui retrace  les mythes hérités du Temps du Rêve.

drapeau anglaisThe discovery of Aboriginal art by the Western World in the 1970 s

From 1956 to 1964 the painter and anthropologist, Karel Kupka , made three exploratory expeditions in Northern Australia in Arnhem Land in search of the universal origins of artistic creativity in all humanity. Particularly sensitive to the esthetic power of the paintings he presented  Aboriginal painters like true artists whose works deserve to be exhibited  in  art galleries and not only in ethnographic museums. He brought back hundreds of masterpieces , some of which are now on display in the « Musée du Quai Branly » in Paris . In many ways Kupka appears as a precursor , having made himself a passionate witness and the promoter of an « authentic » artistic movement in full development . Through his collections, exhibitions and writings, both in Europe and Australia, he helped analyze the « primitivist » vision of Aboriginal art, showing in particular the importance of individual creativity and the contemporaneity of aboriginal works.. In the early 1970s , Geoffrey Bardon , an Australian art teacher went to Papunya in the central desert. He had the idea to encourage Aboriginal artists to reproduce on different mediums the patterns of ritual drawings they painted on the ground,on the walls of the sacred rocks and even their own bodies ; so they began to paint on t the school’s walls, then with acrylic on linen or cotton canvasses. It was in this way that the Western world discovered this pictorial tradition which traces the myths inherited from the « Dreamtime ».

L’artiste devient le gardien spirituel des Territoires dont il a hérité

image 5« L’initié » dans la culture aborigène qui hérite de son père et de sa mère de droits sur un ou plusieurs Territoires a le devoir d’honorer par les cérémonies, la danse, le chant, la peinture une portion de ces Territoires dont sont issus ses ancêtres.

Ayant acquis savoir et autorité, il devient le gardien spirituel de ces territoires auxquels sont rattachés un ou plusieurs mythes du « temps du Rêve » et doit ainsi présentifier l’esprit ancestral créateur du lieu (au sens topographique) afin de régénérer cette énergie créatrice du Monde.

Pour les aborigènes, la transmission des connaissances, des croyances est primordiale pour perpétuer la création originelle et maintenir la vie sur terre.

 

drapeau anglaisThe artist becomes the spiritual guardian of the Territories he has inherited

 » The initiated  » in aboriginal culture is the person who inherits from his father and mother rights to one or more Territories. He has the duty to honor, through ceremonies, dancing, singing, and painting, a portion of those Territories inherited from his ancestors. He is the spiritual guardian of these territories to which are attached several myths of the « Dreamtime ». He must make the ancestral spirit present, the spirit that is the creator of the place (in the topographical sense) so as to regenerate the creative energy in the world.


le « Rêve », à l’origine de l’unité et de l’équilibre de l’univers

image 8Le temps du Rêve (« dreamtime«  ou « dreaming«  en anglais) est la genèse du Monde pour les aborigènes, c’est un grand réservoir de mythe dans lequel  leur art  prend sa source d’inspiration.

Le « temps du Rêve«   définit le temps qui a initié la vie dans le monde, il est considéré comme un temps sacré parallèle au temps actuel ou  temps profane.

La mythologie du « temps du Rêve«  raconte comment de grands ancêtres aux formes multiples (animales, humaines, hybrides…..) sont sortis du magma originel pour sillonner l’Australie et façonner le monde. Ils ont créé les paysages: les éléments naturels, les reliefs, les océans, la vie végétale, animale et humaine mais également les lois sociales et  philosophiques.

Pour les aborigènes, le «  Rêve «  est omniprésent puisqu’il est à l’origine de l’unité et de l’équilibre de l’univers,  il continue ainsi à nourrir le temps profane pour que le monde puisse continuer à exister.

Ils communiquent avec ce « temps du Rêve«  à travers les cérémonies, que l’on appelle souvent  »corroborees », les chants, la peinture… Ils ont le devoir de réactualiser l’acte initial pour entretenir la vie. Leur peinture retrace ainsi le parcours et les chants de ces grands ancêtres, elle peut également représenter le territoire dont ‘l’initié’ a la garde. Comme une continuité historique, le présent et le passé s’entrecroisent, se fondent dans la création artistique de ce peuple aux mille facettes.

drapeau anglaisThe « Dreamtime«  at the origin of the unity and balance of the universe

The « Dreamtime«  or the « Dreaming«  is a central core concept that to some extent binds all of aboriginal cultural and artistic traditions. The « Dreamtime«  is the genesis of the world according to aboriginal belief, it is a great reservoir of myths from which their art takes its inspiration. « Dreamtime«  defines the time which introduced life on earth. It is considered as a sacred time parallel to the current or profane time. The mythology of the « Dreamtime«  tells how the great ancestors in numerous forms (animal, plant, human, natural elements …..) came out of the original magma to shape the world. They crossed Australia to create the landscape as a whole with its natural elements, reliefs, oceans, vegetation, animal and human life as well as social and philosophical laws. For Aboriginals, the « Dream«  is omnipresent as it is the source of unity and balance in the world, and it continues to nourish profane time so that life can continue on earth. Aboriginals communicate with the « Dreamtime«  through ceremonies, which are often called«  corroborees« , songs or paintings… Their duty is to update the initial act to maintain life. Their paintings depict the journeys and songs of those great ancestors, and can also represent the land of which ‘initiated’ artists have custody. As an historical continuity, past and present intertwine and blend into the artistic creation of this complex people.

Le peuple aborigène vit en parfaite harmonie avec la nature

 

image 10 L’art aborigène traduit la relation profonde qui unit l’homme à l’environnement, c’est lui qui appartient à la terre et non l’inverse. Le peuple aborigène a toujours respecté la nature, vivant en harmonie avec elle,  il s’attache à préserver les moindres ressources que peut offrir une terre aride afin de protéger également les générations futures.  La peinture aborigène transmet ainsi les mystères de la création du monde et prône le respect de toute la nature.

drapeau anglaisThe Aboriginal people live in perfect harmony with nature

The Aboriginal people live in perfect harmony with nature. Aboriginal art translates the deep relation which unites man and the environment. Man belongs to the earth – it is not earth that belongs to man. The Aboriginal people always respected nature and lived in accordance with it. They attempt to protect the meager resources offered by an arid land and to preserve it for future generations. The transmission of the knowledge and beliefs is primordial for perpetuating the original creation and preserving its life on earth. Thus Aboriginal painting, while transmitting the mysteries of creation, extols the mysteries of Creation and promotes respect for all nature.

Un sens vibratoire étonnant et captivant

tourbillonDans la majorité des toiles aborigènes on retrouve la technique dite de «  pointilliste «  (« doting » en anglais) qui consiste à apposer une série de points sur la toile. Disséminés sur la toile, ces points font le lien entre les motifs et dessinent des trajectoires. Cette pratique était utilisée à l’occasion de cérémonies célébrant le ‘temps du Rêve’ et au cours desquelles les aborigènes marquaient sur le sol des pointillés à l’aide de bâtonnets de bois trempés dans des pigments naturels (mélange de terre, de craie, de charbon de bois…).

Dans les représentations picturales, Ils  sont utilisés pour imiter les touffes végétales ou les différences topographiques. Ils peuvent aussi dissimuler les motifs sacrés ou provoquer des effets optiques insolites évoquant la présence du surnaturel au sein de la terre. Un sens vibratoire se dégage de ces points blancs, animant l’ensemble dans un rythme captivant et magique.

drapeau anglaisAn amazing and fascinating vibratory effect

In most aboriginal paintings we find the technique called « dotting », which consists of affixing a series of points on the canvas. Patterns of dots are used to represent many Aboriginal « Dreamtime » stories, including, for example, stars or native berries. This practice was used during celebrating ceremonies for the ‘ Time of Dream ‘ when aboriginals marked out on the ground dotted lines with sticks of wood dipped in natural pigments (a mixture of soil, chalk, charcoal). They are used to imitate vegetation or topographical variations. Aboriginal artists often use the technique of over-dotting to obscure meaning and to mask a certain symbolism. This technique can also cause unusual optical effects evoking the presence of the supernatural on earth. These white points release a vibrant effect in a fascinating and magic rhythm.

Des clefs pour mieux appréhender le monde

image 13L’art aborigène, porteur d’une dimension spirituelle,  offre un attrait esthétique indéniable pour le monde occidental. Cette peinture qui allie originalité, spiritualité et esthétisme ne laisse jamais insensible et de ce fait occupe une place particulière dans le monde de l’Art Contemporain.

Le célèbre critique d’art australien Robert Hughes (1938-2012), désigné comme le meilleur critique d’art au monde par le New York Times fut  l’un des premiers à considérer l’art contemporain

aborigène comme un mouvement à part entière, il le décrit comme « le dernier grand mouvement artistique du XX ème siècle »…. et lui accorde  autant d’importance qu’aux mouvements artistiques des années 60-70 comme le pop-art.

drapeau anglaisKeys to better comprehending the world

The faiths and the myths of the Aboriginal world resound like an echo in the questions of the modern world in search of meaning. Indeed, for aboriginals everything has a meaning. The universe offers us signs which we must know how to decipher … This culture, which mixes the past with the present, the individual with the universe, the spiritual with  the material can doubtless begin to answer the current questioning of the Western world and provide keys to  better comprehend the purpose of our existence on earth … It should be noted that certain paintings are « energetic » while others encourage meditation, some are closer to kinetic art while others offer more simplified compositions.

Entre symbolisme, spiritualité et esthétisme

image 18Les aborigènes  peignent la toile assis sur le sol, et les œuvres  peuvent ainsi se contempler à plat telle une vue aérienne, à l’horizontal, ou à la vertical. Leurs œuvres peuvent représenter la topographie d’un lieu ou l’itinéraire des ancêtres, mais également se composer comme un cliché instantané qui fixerait une scène avec des personnages, des animaux avec leurs empreintes, des feuilles médicinales, des fleurs.…. Il existe plusieurs niveaux de lecture d’une toile, il y a la partie symbolique «  accessible «  uniquement aux initiés, ce sont les motifs traditionnels cachés ou visibles représentant le Rêve et qui demeurent sacrés et la lecture des non-initiés qui perçoivent l’intensité des œuvres sans en comprendre le vrai sens si ce n’est celui de l’esthétisme et de la spiritualité.

Il est important de noter que chez les aborigènes,  l’acte de peindre est plus important que la réalisation finale et à ce titre il est  très rare de voir une toile signée par l’auteur.

drapeau anglaisBetween symbolism, spirituality and aestheticism

The aboriginals usually paint with the canvas lying on the floor, and their paintings can be contemplated in that flat position, such as an aerial view, or horizontally and vertically. Their artworks present the topography of a land or itinerary, or look like a snapshot that sets a scene with characters, animals or spoors, medicinal leaves or flowers. There are several ways to read a painting. There is a symbolic part only understandable by enlightened artists, composed of hidden or visible traditional patterns representing the « Dreamtime » which remain sacred. And then there is the reading of the « non initiated » who detect the intensity of the works without understanding their real meaning. They can see these works in aesthetic and spiritual terms. It is important to note that for the Aboriginals the act of painting is more important than the final completion of a work, and for this reason it is very rare to see a painting signed by the author.

Une place particulière sur le marché de l’art contemporain

image 14L’art aborigène, porteur d’une dimension spirituelle,  offre un attrait esthétique indéniable pour le monde occidental. Cette peinture qui allie originalité, spiritualité et esthétisme ne laisse jamais insensible et de ce fait occupe une place particulière dans le monde de l’Art Contemporain.

Le célèbre critique d’art australien Robert Hughes (1938-2012), désigné comme le meilleur critique d’art au monde par le New York Times fut  l’un des premiers à considérer l’art contemporain

aborigène comme un mouvement à part entière, il le décrit comme « le dernier grand mouvement artistique du XX ème siècle »…. et lui accorde  autant d’importance qu’aux mouvements artistiques des années 60-70 comme le pop-art.

drapeau anglaisA special place on the contemporary art market

Aboriginal art, the bearer of a spiritual dimension, offers an undeniable esthetic attraction for the Western world. This art, which combines originality, spirituality and aestheticism, never leaves one indifferent, and occupies a particular place in the world of Contemporary Art. The famous Australian art critic Robert Hughes (1938-2012 ), named the best art critic in the world by the New York Times,  was one of the first to consider contemporary Aboriginal art as a fully separate movement .He describes it as « the last big artistic movement of  the 20th century », and grants it as much importance as the artistic movements of the 1960s and 1970s like pop-art.

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